Les fondements linguistiques de la terminologie économique internationale (les conséquences sur la communication plurilingue actuelle)
L’activité scientifique de Doina Butiurca est valorisée aussi par des programmes et projets de recherche de certains laboratoires de recherche, par l’implication dans des contacts de recherche scientifique, conclu avec des sociétés scientifiques et culturelles, intéressées par le développement et la modernisation du discours linguistique dans les conditions de la communication humaine et inter-ethnique :
- le Centre de recherche Modernitate si Postmodernitate in literatura romana a secolului XX – director, professeur des universités, Iulian Boldea
- « Asociatiunea pentru limba si cultura Astra » dans le but d’élaborer une recherche scientifique sur des thèmes de linguistique appliquée :
- Projets de recherche linguistique menés sous la direction de Doina Butiurca : a) Fondul latin si flexiunea nominala in limbile romanice (publié en volume, Universitas XXI Iasi) b) Influenta limbii engleze/ a limbilor neo-romanice asupra limbii romane actuale, cu aplicatii la discursul jurnalistic si publicitar. Cliseul lingvistic (en deroulement) Doina Butiurca est membre collaborateur de certaines revues scientifiques de Roumanie et de l’étranger ( Moldavie: Scoala noastra, Convorbiri literare (Iasi) ,Vatra (Targu-Mures), Echinox (Cluj- Napoca), Poezia (Iasi), Limba romana, (Chisinau), Studia Universitatais, (Targu-Mures), Anales ( Alba Iulia) etc.
Par l’étude des nombreuses métamorphoses du langage économique, notre travail vise à interroger certaines particularités de la relation terme-concept, vue de deux perspectives: a. Théorique - universel et unifiant - un concept économique se réalise dans la pragmatique du domaine d’une manière différente, en fonction de certaines variables: les différences de forme et de contenu d’une part et les traits de la réalité extralinguistique d’une autre, sont deux variables qui mènent à la constitution des systèmes conceptuels qui se superposent partiellement. L’étymologie, la typologie terminologique ainsi que le caractère plurilingue rendent impossible un inventaire de tous les aspects. Aux difficultés mentionnées ci-dessus s’ajoutent du point de vue diachronique et synchronique aussi bien la quantité d’éléments conceptuels et linguistiques que la formation du langage spécialisé sur le principe de l’interdisciplinarité.
Les racines du langage économique européen se trouvent dans les écrits sur l’économie des philosophes grecs. Xénophon (430-354 av. J.Cr) dans son livre L’économique utilise le terme, sans qu’au moment de son adoption on connaisse quelque chose sur la discipline qui va se consacrer seulement deux millénaires après. Le grec ancien et le latin sont les langues qui fournissent les termes du langage économique européen. Cela est dû à la suprématie absolue des Grecs, en tant que fondateurs des sciences et de la philosophie, qui comprenait in nuce des réflexions sur le comportement du homo oeconomicus. Les Roumains ont transmis ces termes à l’Europe grâce à la langue latine – jusqu’à l’époque de la modernité. Du point de vue diachronique et synchronique, la terminologie économique européenne met à jour au moins quatre couches lexicales:
(I) A l’exception des données fournies par les textes de spécialité, les sources lexicographiques, on peut observer que les sphères lexico-sémantiques de la terminologie économique roumaine, sont, à part quelques exceptions, un reflet de la casiuniversalité de la terminologie européenne de source francophone. A la base de la pyramide il y a un ensemble de racines et de morphèmes (préfixe, suffixe, prefixoïdes et sufixoïdes) latins et grecs, des procédés (la dérivation, la composition, le calque linguistique) bien délimités et avec utilisation internationale. L’utilisation des racines classiques, la limitation du champ objectuel et notionnel du lexique commun, les emprunts ont représenté la source de la terminologie hétérogène du mercantilisme européen (doctrine ayant développé le concept que la force d’une nation peut être augmentée si les exportations dépassent les importations), qui a marqué du point de vue doctrinaire le XV-ème et le XVIII-ème siècle. A. Smith, par exemple, un célèbre parleur et connaisseur de la langue latine, recommandait l’utilisation – au niveau lexico-sémantique, des mots familiers, des emprunts lexicaux caractérisés par la transparence de signification.
(1) Des racines, affixes et afixoïdes ayant des formes et des significations non-altérées: economie est un composé savant d’origine grecque, composé de οϊκο - et νομ (ο) - νόμος, entré dans le langage européen par le biais de la langue latine. Dans le lexique commun de la langue grecque, oϊκος, οϊκία, avait des significations multiples: „maison, logement, environnement”; ,, salle”; ,, résidence”; ,, biens, propriété, fortune, patrie”, lorsque νομ(ο) signifiait „habitude, manière, ordre, droit, loi. L’acception de manière d’organisation de la propriété privée, que Xenofon avait attribuée au terme, a été nuancée par Aristote; pour lui oikonomia, signifiait ,,l’art de la gestion”, ,,l’art du commerce”. Le terme oeconomia (fr. économie, sp. economia; it. economia; rom. economie; engl. economy) est repérable en latin avec une acception empirique chez Quintilien, il y a presque deux millénaires. Pour la mise à jour des unités conceptuelles, le langage du mercantilisme occidental utilisait des termes appartenant à la „supercouche culturelle latine” – à savoir des structures lexico-sémantiques devenues „universelles”, repérables dans des termes tels : physiocratie (cf. (2) Les préfixes indiquant la négation sont peu nombreux et apparaissent principalement dans la terminologie romane. Le grec anti – très différents du point de vue sémantique du lat. ante – se montre peu productif et apparaît – dans le domaine économique – dans des termes d’emprunt. L’influence de l’anglais et du français relève une sensible expansion au niveau de certains paradigmes lexico-sémantiques: anti-: rom. {Antiinflastionist} (> fr. anti-inflationniste, sp. antiinflacionista) Ante-( (3) Certains préfixes indiquant la position ou la direction sont devenus plus stables au XX-ème siècle dans les emprunts savants du domaine économique: ab-: absorbtie (> fr. absorbtion; engl. absorption); ad-: adjudecare (> fr. adjudication; engl. adjudication); dia -: (> fr. diagramme; sp. diagrama; engl. diagram). Le préfixe trans- apparaît fréquemment dans les unités terminologiques de la branche des transactions: transparenta financiara ( > fr. transports aériens; engl. air transport).
Ex-(e-) ambivalent en latin – formant et préposition – était plus proche de la classe sémantique des prépositions exigées par l’ablatif et exprimait des rapports variés (locatif, temporel), et sens multiples (partitif, matière, cause, etc). La terminologie économique l’a conservé en tant que formant de petite productivité, ayant le sens „en dehors, à l’extérieur”: exteritorial ( fr. exterritorial). La particule ex- apparaît dans des emprunts savants qu’on ne peu pas analyser, dont les mots de base existants ab initio se sont perdus dans les formations néolatines: expunere de fapte > fr. exposition des faites); expunere indirecta la risc > fr. exposition indirecte au risque). Le facteur d’organisation lexicale des formations soumises à l’analyse est conditionné par la sémantique de ex- par rapport au terme - base latin. Le paradigme traditionnel est concurrencé par des emprunts rébarbatifs tels: engl. ex quai (condition de livrement Incoterms); fr. ex quay; engl./ fr. ex ship (le vendeur est tenu de garder les marchandises au bord du navire); ex works; ex-right. (II) Les termes interdisciplinaires de source grecque et latine, empruntés aux autres langages. Pour Maria Theresa Cabré la terminologie s’est imposée comme une science interdisciplinaire d’une grande complexité qui valorise des instruments spécifiques à la linguistique, aux sciences de la communication, à la science en général. La consubstantialité de la dimension épistémologique et culturelle – au niveau de l’objet de la connaissance et des méthodes utilisées dans les sciences sociales et humaines – n’est pas restée sans conséquences sur la structure de l’expression linguistique des unités terminologiques. [Cabré, 1999, 48]. Ainsi, par exemple, le concept de „politique des portes ouvertes” associe un modèle de politique dans la société contemporaine à une attitude de nature subjective que le langage des sciences exactes a éliminé/ minimisé par la formalisation de l’expression. Même pendant la période de sa constitution, le langage économique s’est imposé comme un système terminologique interdisciplinaire situé au carrefour de deux domaines épistémologiques – celui des sciences sociales et celui des sciences exactes. Antoine de Monchretien proposait même la dénomination d’économie politique. Les forces et l’option idéologique influencent le choix des sujets de recherche dans le domaine aussi bien au cours de la période prémoderne que de l’époque moderne et postmoderne du domaine. La terminologie économique des siècles XVI et XVIII est caractérisée par un très grand pouvoir d’absorption de l’idéologie et de la sociologie. Le réalisme et l esprit „laïque” du domaine idéologique est repérable sur le plan linguistique dans des concepts tels que: pensée mercantile, étatisme, hégémonisme, colonisation, physiocratie, bourgeoisie, politique protectionniste, instruction, etc. Dans l’économie moderne et contemporaine l’idéologique est maintenu à travers de filières multiples et une terminologie appropriée à la vision holistique: national (< fr.national; sp. nacional; engl. national; cf. lat natio-onis;) si derivatele acestuia: nationalitate (< fr. nationalité; sp. nacionalidad; engl. nationality), nationalizare (< fr. nationalizasion; sp. nacionalizacion; engl. nationalization); etatizare. Les termes-blitz de la globalisation. Le paradigme des composés avec euro-, particulièrement productif dans le langage économique du XX-ème siècle – si l’on juge d’après le critère de l’occurrence et de la dispersion – inclut des termes motivés par la variété des registres sémantiques et thématiques et impose un nouveau modèle linguistique d’interdisciplinarité. La typologie de ces composés d’après le modèle grec et latin comporte un intérêt relatif à la fréquence des facteurs socioculturels dans la langue (Antonio Gramsci remarquait que dans la plus élémentaire manifestation d’activité intellectuelle, dans la langue, sont inscrits les éléments d’une conception sur la vie et la culture) - cf. Gramsci 2001 in Jeffrey C. Alexander, Steven Seidman 2001: 47-53): eurobonuri (< fr. eurobonus; sp. eurobonus; engl. eurobonds); eurocard ( Les composés avec euro- sont différents des termes traditionnels interdisciplinaires par la concentration des significations socioculturelles et nominatives dans la même unité linguistique. Du point de vue du modèle sémantique traditionnel, les préfixoïdes classiques ont des caractéristiques nominatives par le fait qu’ils définissent la substance d’une manière plus abstraite (cf. aer (o) -, tele (o)-, video – etc.) ont un sens cognitif, purement intellectuel et stable. Le sens des composés de type euro- circonscrit des valeurs socioculturelles et économiques: europiată (engl. euromarket; fr. euromarché; sp. euromercado). Les préfixoïdes définissent un domaine purement scientifique, sont fondamentaux, les composés appartenant au langage de l’économie communautaire ont une relevance conjoncturelle. L’eurolecte met à jour les concepts dans un système holistique, délimitable en fonction de la nature des référents. Il s’agit d’un langage à buts précis avec une grande variété d’intentions, au-delà des limites d’un système terminologique normatif, par l’insertion dans le vocabulaire actif, dans la publicité, dans la littérature.
Certains chercheurs, dont Richard Thaler, à partir de l’assertion des correspondances entre le modèle économique et les théories économiques, proposait l’hypothèse que les sciences économiques – en tant que branche de la psychologie – devraient être intégrées dans le domaine de la psychologie des masses (Sam Vaknin – The Dismal Mind - Economics as a Pretension to Science). Sont bien représentés aussi les termes économiques communs à la logique et la philosophie, sur la sémantique des quels sont jalonés les paradigmes de fond et de méthode en économie: formă, a forma un cartel/ un consortiu(sp. formar un cartel ) model (engl. model, fr. modèle, sp. modelo), subiect , obiect al proprietatii (engl. property object; fr. objet de propriété; sp. objeto de propiedad ), etc.L’option est déterminée par l’arbitraire des lois économiques imposé par la variabilité des contextes et des comportements, la seule invariable du domaine étant la diversité, la non uniformité.
L’économie a beaucoup de termes communs aux mathématiques et à la mécanique. Les notions de mecanism (mecanism economic, mecanism al preţurilor, mecanisme redistributive), fluxuri ( fluxuri economice, fluxuri reale şi monetare, fluxurile circulare ale venitului), circuit (circuit economic, circuit economic global, circuit economic mondial), emergenţă (economii emergente, pieţe emergente), forţă ( forţe de producţie, forţă de muncă, forţă economică), viteză ( viteza de circulaţie a banilor, viteza de rotaţie a capitalului); accelerare (acceleratorul consumului, accelerarea creşterii economice), elasticiatate (elasticitatea cererii şi a ofertei, elasticitate a producţiei, elasticitate a bunurilor importate şi a celor exportate), histerezis ( ştiinţa economică suferă de histerezis), echilibru ( echilibrul economic general, punct de echilibru, preţ de echilibru, cantitate de echilibru) sont fondamentales pour les paradigmes des processus economiques, en général. Instrumente (instrumente băneşti, instrumente financiare, instrumente de schimb), pârghii (pârghii ale preţurilor, pârghii economice, pârghii economico-financiare), levier ( levierul Financiar), entropie– forment, en échange, des unités terminologiques qui mettent à jour le paradigme des ressources.
L’insertion des termes mathématiques se réalise par des formalisations et quantifications successives - simultanées avec l’édification du système économique sur le modèle des systèmes et des théories. Voilà une liste des nominations de la systématisation: ,,sistemul comertului/ sistemul mercantilist ” (Adam Smith), sistemul agriculturii, sistemul balantei comerciale, sistemul monetar, teoria imbogatirii, teoria cantitativa, teoria valorii-muncă (A. Smith). Ils sont nombreux les termes mathématiques utilisés dans les sciences économiques surtout par le biais des transferts métaphoriques. centru (< fr.centre; engl. centre; sp. centro; cf. lat. centrum); centru comercial (< fr. centre commercial; engl. shopping centre; sp. centro comercial); centru de cost(engl. cost centre; centre du cout; centro de coste); centru de evaluare (engl. assessement centre; fr. centre d`évaluation; sp. centro de evaluacion);
Le manque de performance dans le domaine, les états de récession équivalent à la symptomatologie médicale, en trouvant leur expression linguistique dans des paradigmes de diagnostique économique et social, par déplacement sémantique: colaps economic, criză economică, fractura preţurilor, infuzie de capital, injecţie de capital, puseuri, contracţii, simptom al crizei, sindrom al instabilităţii, tensiune între resurse şi nevoi, terapie economică, terapie şoc.
Les termes utilisés dans le sport rendent objectifs les paradigmes des stratégies économiques - domaine caractérisé par un animisme sui generis, par la dialectique des processus et de la compétition: arbitru, joc – jocul economic, jocul actorilor economici, jocul cererii şi al ofertei, teoria jocurilor, joc în sumă nulă, regulile jocului economic. (III) Termes de ,,culture générale” (Ghetie 1978: 121) ayant un étymon multiple, de source latine, slave, grecque, surtout dans la culture roumaine jusqu’au XVIIIeme siècle. Învăţăturile lui Neagoe Basarb către fiul său Teodosie expose largement des conseils moraux, religieux et des enseignements relatifs aux lois, aux dignités, à l’exercice du pouvoir souverain ou l’organisation des institutions du pays: pour la fonction de mare dregator on employait un terme d’origine serbe, vlastelin, qu’on retrouve aussi dans les documents de l’époque ; pour les fonctions inférieures on utilisait des expressions linguistiques du type : praviteli (dregatori) et pravitelstva (dregatorie), san (functie, demnitate, rang), sanovniki (demnitari, functionari). Les personnes parmi lesquelles on devait choisir les dirigeants étaient constamment nommées siromahi, terme repéré cinq fois dans le texte slavon. Tous ces termes sont monosémantiques, trait qui leur assure un caractère spécialisé. Grâce au caractère plurivoque des Invataturi, pour les unités mises en évidence il n’y a pas de motivation extralinguistique bien fondée – tel qu’il se passe dans la terminologie économique actuelle. C’est une des raisons pour laquelle la terminologie qui désignait les fonctions administratives utilisées au XVI-ème siècle a disparu déjà à la fin de cette époque, ou au plus tard au début du XVII-ème siècle.
Dans le livre Descriptio Moldaviae de Dimitrie Cantemir on découvre de nombreuses unités terminologiques d’origine turque, appartenant au langage administratif, ayant des signifiants tout à fait inadéquats au spécifique de la langue roumaine. Les concepts de dirigeant et les fonctions de direction de l’Etat trouvaient leur expression linguistique dans des mots d’origine turque ou dans des formes mixtes du point de vue étymologique (sultana valida - sultanului): sultan, chehaia, tefterdar, reis-effendi etc., dans des termes qui désignaient les servants de l’empereur: vizir, capuchehaiele, mehtupci-effendi (primul logofat al vizirului), cîzlar-agasi (mai marele eunucilor), hase-agasi (sol), madenkalfasi (mai mare peste mine), ischimne- agasi (insotitorul Domnului), capugi-başa. A cote de la terminologie du domaine management, les emprunts sont repérables chez Dimitrie Cantemir également dans le vocabulaire empirique des affaires. Des termes comme: tribut, pesches (dons du sultan a l’occasion du Bairamu ou des Paques), galbeni (haraci), vistierie en sont seulement quelques exemples. La nomination de certaines notions et phénomènes relatifs aux taxes était réalisée par le biais des unités terminologiques du type: mucarerul mare et hiuc-firmamul ou mucarerul mic. A la différence des termes de conceptualisation d’origine slave du XVI-ème siècle - dont la tendance était vers la concision, le modèle turc impose des unités complexes, où la conceptualisation se réalise à travers des unités complexes. Les termes (archaïques de nos jours) d’origine latine sont moins nombreux: la notion de diriger – fondamentale après 1900 dans le domaine du management – est rendue dans les œuvres des chroniqueurs moldaves dans des formes linguistiques comme: a ţinrea (< lat. tenēo, -ere), a despunre (< lat. punire), dux (< lat. dux), acestea fiind concurate de turcisme, elemente neogrecesti, bulgare, polone: a chivernisi (< ngr. kivérnisa ) avec la variante a schivernisi, de même que a isprăvnici (< bg. izpravnik a hătmăni ), (< pol. hatman ) etc. On lit dans le Letopisetul de Miron Costin: “Ne voiesc cu osîndie să chiverniseacă ţările sale”. Pentru conducere, administrare, Grigore Ureche utiliza chivernisire, isprăvnicie, schiverniseală („Tocmit-au boierii mari un sfat, de chiverniseala ţării şi a pămînturilor Moldovei” (Gr.Ureche). On peut rencontrer le terme chiverniseală également avec le sens “economisire”, ”agoniseală”, ”subzistenţă”. Quant à la notion de chef, directeur on employait les termes: purtătoriul, socotitoriul (de source populaire), lorsque pour adjunct, locţiitor (adjoint) on employait naméstnic (< sl. naměstnikŭ), caimacam (< tc. kazmakam).
Un des plus actifs phénomènes linguistiques qu’on peut repérer dans les glossaires des chroniqueurs, de même que dans ceux de D. Cantemir, est la coexistence des emprunts des termes ayant différentes origines. En Transylvanie, les relations économiques avec la Hongrie ont mené à l’insertion dans la langue roumaine des termes d’origine hongroise : vamă (< ung. vám); vameş (< ung. vámos) etc.
Le commerce avec les Grecs et les Turcs a eu aussi des conséquences lexico-sémantiques: catastif (< ngr. katástihon - registru, condică), mâzdă (< tc. plată), peşin (< tc. peşin - numerar) etc.
C’est toujours par la filière grecque que les mots d’origine italienne pénètrent dans la langue roumaine. : spiţer (< it. speziaria „marchand d’épices”, aujourd’hui „pharmacien ou droghist”); piaţă (< it. piazza) etc. Les termes économiques d’origine slave sont peu nombreux ; ils désignent des notions abstraites du domaine des fonctions : blagorodnic (nobil). Dosoftei désignait au XVIII-ème siècle un des quatre concepts fondamentaux qui définissent le domaine du management, par le terme d’origine slave promişlenie , remplacé dans le langage économique actuel avec le néologisme d’origine romane prevedere (< lat. cl. praevidere ; engl. provision ; fr. clause , disposition; sp. clausula, prevision ).
(IV) La terminologie économique de source anglaise / américaine s’impose comme un phénomène ample au XX-ème et au XXI- ème siècles, au niveau de tous les nouveaux sous-domaines de l’économie (management, marketing, langage des affaires). Ce sont des termes isomorphes, inadéquats généralement au système des langues romanes: antidumping, dumping, broker, clearing, dispatching. L’anglais a une double origine, saxonne et romane, raison pour laquelle l’anglicisation des termes médicaux à étymon latin a représenté un processus bénéfique pour l’ « harmonie » du langage ( lat. abrogare >engl. abrogation; lat. absorbere > engl. to absorb; lat. acutus > engl. acute). Les unités terminologiques d’origine latine sont facilement adoptées par l’anglais, non pas en tant que telles, mais par anglicisation. Les emprunts anglais de ce type sont caractérisés par ancienneté, ils ont, à côté d’un comportement semblable aux mots roumains, une large circulation.
L’homme avec ses motivations, actions, impressions a fait l’objet de certaines investigations dans la deuxième moitié du XX- ème siècle. ,,L’origine” du concept - témoin se trouve dans les travaux d’Adam Smith, Avutia natiunilor (1776) dont le personnage est homo oeconomicus rationalis . Homo oeconomicus est une formule fondamentale dans la microéconomie traditionnelle qui définit l’hypothèse du comportement représentatif, initiée par les classiques de la pensée économique (A. Smith, Marshall), selon laquelle l’homme prend des décisions en fonction d’un seul critère- la maximisation de l’utilité. En dépit d’une subtile marque stylistique qui le circonscrit, homo oeconomicus est une des variantes idéales, ayant comme traits de base le monosémantisme et l’indépendance contextuelle (théorisée par les fondateurs de la science terminologique, Wűster 1976, Lotte 1961 ş.a.), de même que les autres concepts isomorphes de son champ sémantique: armator, asigurat, asigurator, asistent, asociat, camatar, client, debitor, expert, notar .
Bibliographie
(a)formula (< lat. formula, ae ) et ses dérivés: (a) formula o plangere, formular de comanda, formulare grup; incompatibilitate (engl. incompatibility; fr. incompatibilité; sp. incompatibilidad);
indicator et ses unités terminologiques : (< fr. indicateur; engl. indicator; sp. indicador; cf. lat. indico, are); ordin (< fr. ordre; engl. order; sp. orden; cf. lat. ordo,- inis) et les unités terminologiques formées en roumain par calque linguistique d’après le français ou l’anglais: ordin de bursa (< fr. ordre de bourse ), ordin de incasare (engl. collection order; fr. ordre de recette ), ordin de piata (< fr. ordre au mieux; engl. market order), ordin de plata, ordin de plata international, ordin de transfer in cont, ordin legat; ordine (cf. lat. ordo,- inis): ordine neonorate, ordine-nepereche; raport (< fr. rapport; sp. indice, coeficiente; cf. lat. ratio-is mentinut in engl. ratio),regulă (< fr. règle; cf. lat. regula, ae): regula exceptiilor (< fr. règle des exceptions; engl. rule of exceptions; sp. regla de las excepciones);
valoare (< fr. valeur; cf. lat. valere), le terme le plus productif, il a créé plus de 50 unités terminologiques dans le langage économique international. Du point de vue structurel, ces termes mathématiques constituent un syntagme nominal ou différents noms se combinent avec des noms/ des adjectifs.
A ce point il convient de faire une autre distinction de nature épistémologique entre la science empirique du management, basée exclusivement sur l’expérience et la logique et n’entraînant pas nécessairement un corpus de termes spécialisés – repérable dans le livre Invataturile lui Neagoe Basarab et le management scientifique, d’après 1900, théorisé par Taylor, Gantt.
D’un ensemble de termes organisés dans un système propre pour exprimer les notions du sociolecte économique dans la culture roumaine on peut parler seulement à la fin du XVIII-ème siècle et au début du XIX-ème, une fois avec l’entrée, soit par voie directe, soit par filière néogrecque et russe - des emprunts d’origine romane. Les termes et les unités terminologiques utilisés dans le vocabulaire économique jusqu’au XVIII-eme siècle sont aujourd’hui abandonnés.
D’après le critère linguistique- sémasiologique, l’inventaire actuel de la terminologie économique este fondé sur un ensemble de cinq concepts-témoin pour l’histoire de la formation des théories économiques, dans l’expression linguistique desquels on retrouve à différents niveaux la matrice greco-latine :
Le langage du comportement économique est interdisciplinaire, le concept-témoin fait appel, au sens large, a l’idée morale. La conception économique d’Adam Smith est consubstantielle avec la philosophie morale du XVIII-ème siècle. La dimension étique managériale, mais surtout des affaires, a été conceptualisée de la perspective de deux coordonnées: l’éthique individuelle, l’éthique sociale. A. Smith a développé les concepts de l’éthique individuelle ( corrélée logiquement avec l’ontologie de la vie intérieure, l’axiologie, la théorie de la rationalité), par des qualités comme: la bienveillance, la générosité, la gratitude, la compassion, la prudence, l’autocontrôle, la justice commutative. Dans le langage actuel de l’économie européenne, le comportement est marqué par de nombreux termes et unités spécifiques, adaptées au domaine: aide mutuelle, engagement, assurance, assistance sociale, coopération, avertissement, mutualité. Même si, depuis A. Smith, l’économie n’est plus du point de vue doctrinaire subordonnée à la morale (à la politique, à la théologie), les termes qui délimitent le cadre général de comportement dans le déroulement des processus ont survécu.
Les termes représentatifs pour la sphère du concept-témoin, ,,resurse” (ressources) représente un mélange linguistique d’éléments classiques, romans, anglo-américains. Dans la terminologie roumaine sont repérables environ 17 formes composées/ calques d’après le français/l’anglais ayant comme terme de base le gr. moneda: moneda comerciala (fr. monnaie commerciale; sp. moneda comercial); rom. moneda fara valoare,; rom. moneda din aur si argint ( fr. monnaie en or et argent; sp. moneda de oro y plata etc… ). Dans la terminologie internationale circule le doublet moneda et moneta– le premier ayant étymon grec, le deuxième étymon latin ; les deux formes ont conservé la même unité générique de connaissance ( instrument de paiement). Le latin moneta est lié sémantiquement au vb. moneo, ere, ui, itum (recommander, avertir), mais aussi à l’épithète ,,sfatuitoarea” (conseillère) qui avait été attribué à la déesse Iunona (l’entreprise de fabrication de monnaie de Rome se trouve dans le temple de Iunona Moneta) et il est utilisé en latin (it. moneta bassa).
Dans le processus dénominatif, le renouvellement du vocabulaire spécialisé se réalise par le biais des sens non spécifiques, rares ou figées des racines classiques. Profit – entré en roumain par filière anglaise est un dérivé roman du verbe proficio, ere, feci, fectum – utilisé en latin – avec les sens de base (aller droit, avancer) mais aussi avec le sens figé (faire des progrès, obtenir un bon résultat) et plus rarement avec le sens d’augmenter, croître, utilisé par Pline (cf. ,, non proficiente pretio”). Le langage économique européen met à jour l’acception générique, rarement utilisée en latin d’ « excédent de revenu obtenu par la vente des biens réalisés par un agent économique au-dessus de leur coût ». La racine proficere est très productive, en donnant naissance dans les langues romanes et en anglais à environ 10 unités terminologiques: profit brut (< engl. profit/ gross earnings; fr. bénéfice brut; sp. beneficio bruto); profit contabil(< engl.accountancy profit; fr. profit cmptable); profit din activitatea curenta (engl. trading profit; fr. benefice d`exploitation; sp. beneficio de explotacion); profit impozabil (pre-tax profit/ taxable profit); profit neanticipat/neasteptat (engl. windfall profits; fr. profit inattendu; sp. ganancia inesperada), profit nedistribuit , etc.
Le terme capital (cf. neutrul pl. latin capita – capete) désigne le concept de « totalité des ressources financières d’une entreprise (argent, actions) », et a engendré au niveau conceptuel environ 23 unités terminologiques complexes dans le langage international des affaires. En voilà quelques exemples: capital activ negativ (fr. capital actif négatif, sp. capital activo negativo,), capital circulant (fr. capital actif circulant; it. capitale di circolazione ; sp. capital circulante ), capital uman (fr. capital humain, sp. capital humano, it. capitali umani) etc… Le concept est lié ab origine à l’usage des romans possesseurs d’animaux de les prêter et d’en exiger des intérêts d’emprunt. Dans la même direction s’inscrivent aussi d’autres concepts appartenant au champ sémantique des ressources, tel que : pecuniar (< engl. pecuniary; cf. lat. pecunia, ae – fortune, somme d’argent).
Le langage de la sphère des processus tourne du point de vue sémantique autour du concept de « act économique » et se distingue des autres actes sociaux, conceptuels et référentiels. Analysée d’après le critère linguistique – sémasiologique, cette sphère peut être regroupée dans des classes sémantiques : termes et unités terminologiques ayant des référents de la branche des échanges entre les agents : schimb (engl. exchange; fr. échange; sp. canje, cambio). Ce terme peut être utilisé indépendamment (en qualité de mot-terme) ou dans le cadre de certaines unités terminologiques (échange valutaire; engl. currency exchange; fr. échange des devises). De nombreuses unités terminologiques du vocabulaire des « processus » mettent à jour les concepts en clé greco-latine, même si le référent actuel est différent du sens engendré par les langues classiques : a percepe (cf. lat. percipio, ere, cepi, ceptum), dérivé polysémantiquement, a été utilisé par Lucretius également avec le sens de (sous)mettre, imposer. Dans certains types d’économie, l’Etat projette ses actions sur des critères visant à apporter des profits, l’un d’entre eux étant les taxes : a percepe taxe este une unité terminologique qu’on retrouve en roumain et en anglais (fr. lever les impôts, it. accumulazione di imposta, recaudar tasas, engl. to levy taxes on),ca si perceptor (< fr. percepteur, sp. recaudador de impuestos, cobrador). Le microsystème des racines classiques a élargi progressivement son contenu sémantique, surtout par la terminologisation massive de la période moderne de formation des langages. Le nom latin manus, par exemple, a connu des moments d’expansion, où on a réalisé une intense création de termes fondamentaux, aussi bien sur le terrain de la langue latine qu’au niveau du « superstrat culturel latin ». Dans le langage juridique ont été conservé des sens et des formes non-altérées. Manu militari, ayant un référent dans le droit pénal, est employé avec le sens ,, prin forta publica”; manu propria, ,,cu mana proprie” rend le même phénomène cvasiuniversel de la survie des sens et des unités terminologiques classiques. La racine manus est repérable au niveau macrosystémique, dans le corpus de certains composés savants, ayant un référent dans le management du marketing: rom. manufactura (fr. manufacture; sp. manufactura ; engl. manufactory ); rom. manuscris (fr. manuscrit ; sp. manuscrito ; engl. manuscript ). La catégorie des isomorphes de ce type se développe sur les universalia offertes par les racines greco-latines: rom. manipulare ; fr. manipulation; sp. manipulacion, dar handling (in engleza): rom. manufacturier, fr. manufacturier , sp. manufacturero , dar, processor (in limba engleza), ou, plus récemment, sur celles offertes par l’anglais, du type lobbying (art de comumuniquer), lock-aut (cloture d’une entreprise). Le terme management, avec la même racine manus a acquis une signification spécifique: « la discipline économique ayant pour objet d’étude la mise en œuvre des politiques, des stratégies et des décisions de gestion et contrôle des activités économiques et sociales, en fonction de la spécificité, afin d’obtenir les résultats souhaités sur la stabilité pour l’atteinte et le développement de ces activités ». Management (< engl. management; fr. management; sp. Management) est un concept universel et auquel il serait difficile de trouver un équivalent adéquat dans les langues néo-latines. Des termes comme administraţie (
Relations paradigmatiques. Les termes économiques avec des racines greco-latines répètent subjectivement et objectivement la condition de tout système terminologique de se développer dans un champ de représentations du sens commun. Cela ne reste pas sans conséquences au niveau paradigmatique dans le système de la terminologie (relevant aussi bien au niveau de la polysémie, de la synonymie, de l’antonymie ou des champs sémantiques, en général). Apparemment, la charge conceptuelle des termes est plus transparente que celle du langage de la science et assure une plus grande accessibilité aux utilisateurs: pour ce qui est du terme piata (entré en roumain par la filière du latin – piazza) – sans utiliser une explication supplémentaire, le parleur se représente, même si d’une perspective naïve, un espace où a lieu un échange de marchandises, où on établit des relations entre les différents agents économiques etc. C’est une tradition européenne dont le début se trouve en Grèce et dans la Rome antique. Plautus et Horatius employaient le subst. platea (< rue large, place ) avec le sens de « endroit de foire », espace ouvert, organisé pour les marchés, magasins, foires (forum olitorium, forum vinarium, forum boarium etc), ainsi piata est ab initio, un mot polysémantique. Se trouvant comme de nombreux termes économiques dans un étroit contact avec le lexique commun, piata mène à un développement remarquable de la polysémie au niveau de l’économie de base. L’univocité des environ 30 concepts existants en roumain est assurée par les unités terminologiques composées / par les combinaisons libres de mots. La démarche est analytique, les nouveaux concepts étant intégrés dans une structure linguistique, dont les éléments sont déjà connus. Les unités terminologiques ainsi obtenues sont accessibles, correspondent aux mécanismes de désignation qui partent du général (piata) vers le particulier, en utilisant les éléments explicatifs ou descriptifs: piata a bunurilor materiale si a serviciilor, piata a factorilor de productie, piata spot…
La désambiguïsation contextuelle et sémantique permet l’identification rigoureuse du sens dénotatif spécialisé. Par rapport à d’autres langages professionnels, la terminologie économique est soumise aux plus sévères corrections en vue d’éviter la synonymie. Le sigle et le syntagme terminologique source (synonymes paronymiques) sont utilisés dans les noms de certaines organisations internationales ( G.A.T.T.;EKR; EDI; Organisation Européenne pour Coopération Economique - OECE), ou dans le domaine des ressources. Pour répondre au besoin d’économie dans l’expression, la terminologie des dernières décennies se dirige vers la formalisation qui garantirait l’univocité des termes. Peu nombreuses sont les expressions brachigraphiques, comme les acronymes littéraux: PIB (Produsul intern brut), PIN (produsul intern net), PNB (produsul national brut) et presque inexistant des fragments de mots.
Les syntagmes terminologiques équivalentes du point de vue sémantique, mais construites avec des antonymes (les cvasi-synonymes de la terminologie de E. Pavel et Costin Rucareanu) sont plus fréquents et fonctionnent d’après les schémas généraux de la relation particulier-général : capital circulant - capital fix; credit pe termen lung- credit pe termen scurt. Cette typologie culturelle plurivoque, de microsystème et macrosystème social a permis le développement de l’antonymie, un trait rare, dans le cas des autres langages. Il y a des antonymes spécifiques au domaine, qu’on retrouve également dans des termes et/ou des unités terminologiques : MICROECONOMIE/ MACROECONOMIE; CRESTERE/ DESCRESTERE; CENTRALIZARE/ DESCENTRALIZARE; l’antonymie peut apparaître contextuellement, doublement marquée : ULTIMA INTRARE, PRIMA IESIRE ; certains syntagmes ont migré vers le roumain, ayant visiblement la tendance vers déterminologisation : ZI DE LUCRU/ ZI DE ODIHNA; TARA DEZVOLTATA/ TARA SUBDEZVOLTATA; CARTE DE CREDIT/ CARTE DE DEBIT.
Notre recherche a relevé plusieurs observations: du point de vue diachronique et synchronique, la terminologie économique est caractérisée par une dynamique unique, qui se manifeste aussi bien au niveau de l’inventaire que des significations. La grande fréquence des racines grecques et latines appartenant à la langue commune, mais aussi aux formants classiques, assure l’unité et la stabilité du système. Mais cela n’est pas toujours suffisant pour assurer la connaissance rigoureuse et profonde des concepts. La dynamique et les caractéristiques particulières de la réalité extralinguistique dépassent les possibilités classiques de conceptualisation, le système onomasiologique revendiquant, permettant l’insertion des schémas lexico-sémantiques nouveaux.